Une semaine avant le début des épreuves, Bardonecchia s’est doucement mise en marche avant la frénésie olympique.
C’est comme un surfeur au départ d’une épreuve de boardercross. Il s’élance doucement, recherche la bonne position jusqu’à atteindre une vitesse infernale. Bardonecchia, une semaine avant que les concurrents ne déboulent sur les pistes 23 et 24 de la station du Melezet, c’est un peu pareil. Quand on arrive par le tunnel du Fréjus, la « perle des Alpes » s’offre comme une évidence. Perchée à 1 312 mètres d’altitude, Bardonecchia est la commune la plus peuplée du versant italien de la vallée de la Suze. On s’attend à une grosse effervescence avec les 3 000 habitants lancés tête baissée dans le sprint final des derniers préparatifs pour accueillir les 7 500 spectateurs attendus. Pourtant quand on s’engouffre dans les rues piémontaises le calme est presque assourdissant. La seule manifestation se déroule devant le Palazzio delle Feste, quartier général de l’organisation. Des statues de glace sont érigées par les concurrents des Olympiades de la culture. Le titre de l’éditorial de La Valsusa (1), le journal local, serait-il dans le vrai ? Les habitants ne seraient-il pas finalement les spectateurs d’un événement qui se déroule sur leurs terres ? Les Jeux seraient-ils déconnectés des principales préoccupations de la vallée ? « Nous sommes des montagnards, nous sommes des gens discrets par nature », explique Francesco Avato, le maire de Bardonecchia. « Il a fallu faire beaucoup de travaux en très peu de temps finalement ». Dehors, on repeint les derniers murs. L’accueil des JO a été l’occasion pour la commune de s’offrir un véritable lifting. « Franchement, je ne pensais pas que l’on pourrait disposer d’autant de moyens », s’exclame Pino Allizond, le truculent propriétaire de l’hôtel-restaurant « Le Belvedere ». « Les autorisations de rénovation ont été plus faciles à obtenir. J’ai pu rapidement créer un local à ski pour mon établissement. Hors période olympique, cela aurait été une autre affaire », explique ce francophile. « La région vit quasi exclusivement du tourisme. Les JO sont une véritable bouffée d’air pour nous », continue-t-il. En attendant, son hôtel est réquisitionné par la douane et la police. Les mesures de sécurité sont au maximum. Une bonne affaire pour Pino. Quant au coût de cette fête (27 millions d’euros rien que pour la réhabilitation de l’ancien camp de vacances de Medail en village olympique), Pino Allizond ne s’en inquiète guère. « Cela ne nous fait pas peur. Et puis regardez comment les JO ont bouleversé des villes comme Grenoble ou Albertville ! ».
Bardonecchia joue gros et le sait. Tout sera prêt pour que la perle éclate aux yeux du monde entier. Le sprint est lancé. La fête sera belle.
Jean-Jacques FÉRAL (à Bardonecchia)
(1) Supplément spécial publié le 2 février 2006. Titre « Valsusini spettatori, ma non protagonisti » (Habitant de la vallée spectateurs mais pas acteurs).