60 000 battements de coeur au rythme d'Alain Calmat
Le 6 février 1968, les Grenoblois assistent à l’ouverture de « leurs » Jeux.
96 marches. 96 marches avant d’enflammer la vasque et inscrire la ville de Grenoble dans l’histoire des Jeux Olympiques. 96 marches qu’Alain Calmat, médaillé d’argent en patinage artistique aux précédents Jeux d’Innsbruck, gravit dans un silence quasi-religieux. Les 60 000 spectateurs présents dans le stade d’inauguration retiennent leur souffle et seul le bruit des battements du coeur d’Alain Calmat résonne, grâce au micro fixé sur sa poitrine… même s’il s’agit d’un enregistrement effectué quelques jours plus tôt, pour ne prendre aucun risque ! Les organisateurs ont en effet tout prévu, sauf que la flamme s’éteigne au moment d’embraser la vasque olympique… Une mésaventure arrivée à Daniel Robin, la veille de la cérémonie, venu remplacer au pied levé Alain Calmat, bloqué à Chamrousse à cause du mauvais temps.
Conformément au protocole, le lutteur grenoblois avait gravi l’escalier, tendu le bras au dessus de la vasque et là… « Plus rien, une bourrasque de vent plus forte que les autres avait éteint la flamme ». Trente huit ans après, Daniel Robin garde un souvenir amusé de cette répétition : « Pour Butagaz Propagaz, c’était forcément ma faute ! » Par mesure de précaution les deux derniers porteurs auront donc une torche en résine plus résistante que les autres…
Le 6 février, pourtant, tout se passe comme prévu et si les nuages ont obscurci le ciel toute la matinée, au moment où le Général De Gaulle ouvre les Jeux, le soleil brille sur Grenoble et les hélicoptères peuvent disperser des milliers de roses en tissu, symboles de la ville.
Daniel Robin se souvient d’avoir traversé la ville avec la flamme et la sensation « d’être, pour quelques instants le point de mire du monde ». Et si de nombreux journaux ont reproché à la cérémonie un manque d’âme, lui n’a qu’un seul regret : « ne pas être entré dans le stade avec le flambeau. J’en ai pas profité assez longtemps…».
A la veille des XXe JO de Turin, le 6 février 2006, Alain Calmat et Daniel Robin étaient de nouveau réunis au Parc Mistral, à l’occasion du passage du symbole des Jeux en France. Comme un retour de flamme sur Grenoble…
Tiphaine COULON