Dans les coulisses des JO de 68

Publié le par Marie Chaffard

Une fois désignée ville olympique, Grenoble ne dispose que de quatre ans pour accueillir les Jeux. Si le défi a été relevé, la préparation de l’événement ne s’est pas faite sans mal…

 

Trente-huit ans plus tard, la controverse fait toujours rage chez les anciens : impossible de savoir qui a vraiment lancé l’idée folle d’organiser les JO ! L’Histoire retiendra donc que Grenoble a présenté sa candidature le 30 décembre 1960 par le biais de son maire Albert Michallon. C’est en 1964 que la capitale des Alpes françaises apprend qu’elle accueillera les prochains Jeux. A l’époque, la désignation des villes par le CIO se déroule avec quatre ans d’avance, contre sept actuellement. D’où une certaine précipitation. En août 1965, le préfet Maurice Doublet s’inquiète d’ailleurs du retard pris. Les crédits promis par de Gaulle n’arrivent pas, les travaux n’ont pas encore commencé. Il convoque donc la presse. Les journalistes tirent la sonnette d’alarme : si rien n’est fait, Grenoble – et donc la France – risque de se ridiculiser. La stratégie est payante, la future cité olympique obtient enfin les financements tant attendus. « Grenoble est la seule ville à avoir organisé les Jeux en moins de trois ans », résume Jean Belli-Riz, ingénieur des Ponts et Chaussées impliqué dans la préparation de l’événement. 

 

Polémique sur les sites de compétition

 

Natif du Vercors, cet amoureux de la montagne se souvient encore des polémiques soulevées par le choix des sites de compétition. Lorsque la Fédération internationale de ski a désigné Chamrousse pour l’ensemble des épreuves de ski alpin, la nouvelle a fait sourire les Grenoblois car la station est bien connue pour son brouillard. Jean Belli-Riz juge ce terme impropre et parle plutôt de « nuages traînants ». Ceci dit, le résultat est le même : le slalom hommes a été disputé sans aucune visibilité, tandis que l’épreuve de descente a dû être reportée au lendemain... Et l’évocation de la fameuse piste de bobsleigh de l’Alpe d’Huez fait ironiser l’ingénieur retraité. Construite plein sud dans une station réputée pour son ensoleillement, l’installation ne pouvait accueillir les courses de bob qu’au milieu de la nuit. Des camions de l’armée montaient donc chaque soir des pains de glace pour entretenir la piste fragile.

 

Les archives des JO racontent d’ailleurs la révolte des « bidasses », obligés de partir arroser la piste à une heure du matin. Sept mille soldats ont été ainsi mobilisés pour les Jeux. L’été précédent, l’armée avait déjà construit les pistes ; la voilà de nouveau appelée en renfort l’hiver pour le damage, réalisé skis aux pieds. Dameuses mécaniques et canons à neige n’apparaîtront que quelques années plus tard. On emploie donc le système D : une sous-couche de paille est aspergéee d’eau !

 

Un problème toutes les cinq minutes

 

Durant les trois ans de mise en place des Jeux, le Comité d’organisation chargé de tous les équipements sportifs et de l’organisation des épreuves a dû faire face à une avalanche de difficultés. A la direction sportive, Roger Alépée se souvient « qu’il y avait un problème à résoudre toutes les cinq minutes ». Impossible pour lui de quitter son bureau car le téléphone sonnait nuit et jour. Quand il était onze heures au Japon, il était quatre heures du matin en France. Conflits géopolitiques liés à la Guerre froide ou régime alimentaire, les athlètes ne leur laissaient aucun répit.

 

Malgré toutes les difficultés rencontrées, cet événement international restera un challenge mémorable pour ses organisateurs, toujours fiers de « leurs » Jeux.

 

 

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